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MISE EN ŒUVRE DE L’AMENAGEMENT A COURBE DE NIVEAU DANS LE VILLAGE DE NANGA,

COMMUE DE PISSILA, BURKINA FASO

CONTEXTE

 

carte En Afrique de l’Ouest, le Sahel subit de plein fouet les effets néfastes du dérèglement climatique. L’effet le plus significatif a été la réduction à long terme des précipitations dans les régions semi-arides. Le Burkina Faso n’échappe pas à cette réalité. De nombreuses études évoquent une baisse de la pluviométrie survenue entre la fin des années 1960 et le début de la décennie 1970. Les conséquences du changement climatique sur l’économie du pays sont indéniables. Elles ont un impact négatif sur l’agriculture, l’élevage et les ressources naturelles qui sont des secteurs sur lesquels reposent l’essentiel des économies des populations. L’agriculture vivrière est souvent la plus affectée : à titre d’illustration, les aléas climatiques ont causé en 2009 au Burkina Faso, une perte de 268 005 tonnes de céréales (SCADD, 2010). 


Dans la région du Centre-Nord, plus de 80% des habitants dépendent de l’agriculture pluviale qui constitue à 41% la principale source de revenus des ménages (SP/CPSA, 2008). Dans cette région, entre 1961 et 2015, les données météorologiques montrent une alternance des phases humides et sèches avec une tendance générale à la baisse des précipitations annuelles. La réduction de la pluviométrie s’est accompagnée d’un appauvrissement des sols sous les effets de l’érosion. Conséquence, le niveau de fertilité des sols est faible avec un impact de plus en plus prononcé sur la sécurité alimentaire et les revenus des producteurs agricoles. Dans ce contexte agro climatique difficile, à l’origine de rendements agricoles faibles, le Projet « Diffusion à grande échelle des technologies de gestion intégrée de la fertilité des sols » a introduit dans la région du Centre-Nord du Burkina Faso, la technologie d’aménagement en courbes de niveau (ACN).


AMENAGEMENT A COURBES DE NIVEAU : CE QUE C’EST
Mise au point à l’échelle de la parcelle, après un diagnostic de la circulation de l’eau et de l’érosion, l’aménagement des champs en courbes de niveau permet d’assurer une meilleure conservation de l’humidité des sols, une meilleure valorisation de la fertilisation et une amélioration des rendements. Il y a cinq étapes clefs à respecter afin de s’assurer de l’efficacité de cette technologie sur les rendements agricoles.

 L’efficacité de l’ACN dépend de la conduite des opérations culturales sur les parcelles dominées par l’ouvrage en aval. Pour ce faire, les travaux culturaux (préparation du sol, semis, buttage) sont faits suivant l’allure des courbes de niveau pour rendre opérationnelle l’aménagement. Même si le labour est à plat, il faudra billonner après la levée lorsque les plants ont une hauteur suffisante et réaliser par la suite le buttage.


Cette étape est importante car il se produit souvent des cassures (au moins la 1ère année) dues à la violence des pluies sur des ouvrages non encore stabilisées.

MISE EN ŒUVRE DE LA TECHNOLOGIE
Pissila est une commune rurale située à une trentaine de kilomètre de Kaya, dans la région du Centre-Nord. Dans cette commune, se trouve le village de Nanga. Erigé en village administratif en 2013, Nanga compte quatre quartiers (Rottaoré, Rokoutin, Tanseiga et Bollé). Avec une population de près de 1000 habitants, le village est composé essentiellement des ethnies mossi et peuls. Tout comme la majeure partie des autres villages de la région du Centre-Nord, le village de Nanga n’est pas épargné par la réduction de la pluviométrie, l’érosion et la faiblesse de la fertilité des sols. C’est dans un tel contexte que la technologie ACN a été introduite dans le village. C’est le Groupement Pegdwendé qui a bénéficié de la technologie lors de la campagne 2016. « Quand le Projet est arrivé, nous avons bien perçu l’intérêt d’une telle technologie. Ces dernières années, nous avons souffert de l’irrégularité des pluies. Il ne pleut plus assez et la saison hivernale s’est raccourcie. Nous sommes souvent obligés d’acheter des céréales ou de la nourriture pendant la période de soudure. Tout cela parce que nous n’avons pas de bonnes récoltes. Certains même quittent le village » dépeint Fatimata Sawadogo, Présidente du Groupement.
Afin de lutter contre l’érosion et d’améliorer la fertilité des sols, les membres du Groupement Pegdwendé ont travaillé ensemble sur une parcelle témoin sur laquelle la technologie ACN a été appliquée. Circonscrit sur une superficie de 100m sur 50 m, le groupement a pratiqué une culture associée sur l’aménagement. La combinaison mil - niébé a été expérimentée pour permettre aux femmes du groupement de se rendre compte de la valeur ajoutée comparativement à leurs anciennes pratiques. « Ils nous ont également formé sur la production de fumure organique. Nous avons fait le compost nous-mêmes et à la période des semis, nous sommes allés verser le compost sur la parcelle aménagée » explique un membre du groupement. En plus de cela, les compétences des femmes ont été renforcées sur l’utilisation de l’engrais. Le processus mis en place a été participatif, notamment avec l’implication des femmes du groupement à toutes les étapes du processus, l’appui de personnes ressources locales, l’accompagnement des services techniques déconcentrés et des agents d’appui du Projet.

 

RESULTATS ET ENSEIGNEMENTS TIRES
La technologie ACN a été bien accueillie par les femmes du Groupement Pegdwendé du village de Nanga. Elles ont tout de suite perçu le potentiel d’une telle technologie qui apporte des réponses concrètes aux difficultés auxquelles elles étaient confrontées ces dernières années. « Nous avons eu la preuve que la technologie est bonne. Nous avions deux parcelles : une sur laquelle nous avons appliqué l’ACN et une autre où nous avons continué avec nos anciennes pratiques. Malgré la mauvaise pluviométrie cette saison, à la récolte, nous avons vu la différence. Sur la parcelle où nous continuons nos anciennes pratiques, nous n’avons pratiquement pas récolté de niébé » affirme Alassane Ouédraogo, secrétaire du Groupement. Là où le groupement a pratiqué l’ACN, les rendements s’élèvent à 151 Kg pour le niébé. Pour une superficie réduite de moitié par rapport à la parcelle ACN, les productrices n’ont pu récolter que 4 kg de niébé sur la parcelle où elles ont appliqué les anciennes pratiques. Ces chiffres ont fini de convaincre les membres du Groupement Pegdwendé qui ont commencé à faire la promotion de la pratique ACN dans leur entourage. « Lors des réjouissances organisées à la récolte, d’autres producteurs nous ont approchés pour connaître le secret de notre réussite malgré une saison difficile au plan pluviométrique. Nous leur avons présenté la technologie et leur avons ouvert la porte pour partager nos connaissances sur le sujet » confie avec fierté Fatimata Sawadogo, la présidente.
Grâce à une meilleure conservation de l’humidité de leur parcelle, combinée à l’utilisation de compost et d’engrais NPK, les productrices du Groupement Pegdwendé ont amélioré leurs rendements. L’association des cultures a également été un succès dans la mesure où elle permet aux femmes d’être résilientes : elles disposent du mil pour la consommation familiale et du niébé qu’elles peuvent vendre afin d’améliorer leurs revenus et faire face à d’éventuels chocs. En se positionnant comme rempart contre l’érosion et la faible fertilité des sols, la technologie ACN a un effet positif sur les moyens d’existence des femmes en milieu rural.
Malgré de bons résultats, quelques difficultés rencontrées
Dans le cadre de la mise en œuvre de la technologie ACN, les femmes du Groupement Pegdwendé ont été confrontées à deux problèmes majeurs : le manque de matériel adéquat de travail et la faible disponibilité de la ressource eau.
Ces difficultés ont commencé à être ressenties lors de la phase de réalisation des ouvrages sur la parcelle. « En plus du manque de matériel agricole, il y a aussi le problème des animaux de trait qui se pose. Les ânes que nous avons ne peuvent pas travailler avec le matériel indiqué pour labourer et faire les ados. Si on s’amuse, ils vont mourir » lance avec impuissance Fatimata Sawadogo. A cette étape, il est nécessaire de disposer de bœufs de trait pour faciliter la réalisation des ouvrages. Ce qui pour l’instant fait défaut au groupement. Dans un village où la disponibilité en eau est un problème, la production du compost n’a pas été une tâche facile. Cette activité nécessite une bonne disponibilité en eau afin de faciliter le processus de production de la fumure organique.
ELEMENTS DE DURABILITE
Avec la démonstration de la valeur ajoutée de la technologie ACN, il s’est opéré un changement de perception, d’attitudes et de pratiques au sein du Groupement Pegdwendé. « Avant, on travaillait beaucoup, sans pour autant avoir des résultats satisfaisants. Avec cette technologie, nous avons de bons résultats en fin de saison. La pénibilité n’est pas un problème pour nous. Mieux vaut se vouer à la tâche et gagner que de souffrir et sortir perdant » argumente Ousmane Ouédraogo, personne ressource et membre du Groupement. Convaincues du bien-fondé de l’ACN, les femmes du Groupement envisagent de perpétuer la technologie. En plus de la parcelle commune, chacune pratiquera désormais l’ACN sur sa parcelle individuelle. Elle sont d’autant plus confortées dans leur position que dans le mois de décembre 2017, elles ont bénéficié d’un forage au sein du village. La disponibilité en eau améliorera ainsi le processus de production du compost pour enrichir les sols. « La saison prochaine, j’ai l’intime conviction que nous allons faire mieux. Cette première expérience nous a permis de tirer de bonnes leçons. Il y a des domaines dans lesquels nous devons progresser, notamment l’entretien des ouvrages, la plantation de l’andropogon pour renforcer les ados, etc. » conclut Fatimata Sawadogo, présidente du Groupement.