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MECANISME D’ACCES AUX INTRANTS : LA STRATEGIE DE L’UNION PROVINCIALE DES PRODUCTEURS DE NIEBE DU SANMATENGA

Mechanisme dintrantAu Burkina Faso, le niébé est cultivé dans toutes les régions. Produit en association avec les céréales (95%) et en culture pure (5% des superficies et 9% des volumes produits), plusieurs variétés sont disponibles selon les zones agro-climatiques : elles se distinguent par la texture, le goût et la vocation (fourragère ou non). En matière de débouchés, le niébé est écoulé grâce à une forte demande urbaine intérieure (90%) et l’exportation sur le marché sous-régional (Côte d’ivoire, Ghana, Togo, Bénin, Nigéria).

 

La culture du niébé joue un rôle important dans la sécurité alimentaire et la réduction de la pauvreté en milieu rural. Le niébé est l’une des principales sources de protéines bon marché disponible localement, aussi bien pour l’alimentation humaine qu’animale.

Quatre cent mille tonnes, c’est la quantité de niébé produite par an au Burkina Faso. Cette production est fluctuante en fonction de la pluviométrie. Parmi les principales zones de production, la région du centre-nord figure en bonne place. Chaque année, elle produit autour de 50 000 tonnes de niébé. Dans cette région, la province du Sanmatenga située en zone sahélienne, se caractérise par une faible pluviométrie (400 à 700 mm/an) et des sols sablo-argileux relativement pauvres en matières organiques et éléments minéraux.

Dans ce contexte agro climatique difficile, à l’origine de rendements agricoles faibles et irréguliers, l’insécurité alimentaire est importante et chronique : 234 000 personnes étaient affectées en 2013-2014, soit environ 44% de la population de la région Centre Nord.  Pour faire face à cela, et conscient des potentialités de la filière, l’Union Provinciale des Producteurs de Niébé du Sanmatenga s’organisent de mieux en mieux pour améliorer leur capacité de production.  Pour cela, l’Union grâce à l’appui du Projet « Diffusion à grande échelle des technologies de gestion intégrée de la fertilité des sols[1] », a mis en place un mécanisme d’accès aux intrants afin de booster la productivité et de répondre aux besoins de plus en plus croissant du marché.

 

 

 

Démarche de mise en œuvre

Très souvent, les agriculteurs sont confrontés à d’énormes difficultés dans les zones sahéliennes comme le centre-nord. Irrégularité des pluies, appauvrissement des sols, insuffisance des moyens de production, les problèmes ne manquent pas. En plus de cela, le difficile accès aux semences et engrais de qualité compromet les velléités d’amélioration de la productivité agricole. La filière niébé n’échappe pas à cette réalité. « En tant qu’agriculteur, nous sommes aussi confrontés à un problème d’accès au financement. Il est difficile individuellement d’obtenir un crédit pour acheter des intrants et améliorer sa production » complète Salifou Ouédraogo, Président de l’Union Provinciale des Producteurs de Niébé du Sanmatenga. Pour dépasser cette difficulté, l’Union mise sur l’esprit d’initiative et de solidarité. Avec l’appui de GRAD Consulting Group, l’Union provinciale a mis en place un mécanisme d’accès aux intrants. Des échanges ont été menés avec les institutions financières afin de faciliter l’accès de crédits aux membres de l’Union. Ecobank, le principal partenaire financier de l’Union dans cette opération, apprécie de façon positive cette initiative. Placide Sanon, est gestionnaire de compte à Ecobank. « C’est une collaboration intéressante que nous avons avec l’Union des producteurs de niébé. Nous insistons sur le fait qu’il faut exprimer les besoins assez tôt pour que nous puissions les assister comme il se doit » soutient Placide Sanon.  Pour lui, les producteurs ruraux sont souvent confrontés à un problème de mise à disposition de garantie. Mais grâce à la caution solidaire et à la mise en stock du niébé dans les magasins, l’Union a pu accéder à des crédits qui lui ont permis d’acheter des intrants. « Dans un premier temps, nous recensons les besoins en intrants de nos membres à partir de fiches de collecte que nous avons élaborées. Une fois que les expressions de besoins sont connues, nous arrêtons le processus et procédons à la confirmation des besoins. Sur cette base, nous demandons des factures proformas de fournisseurs potentiels d’engrais pour avoir une idée des coûts. Ces proformas sont communiqués à la banque. Du côté des producteurs, chacun apporte une contribution de 6 000 F CFA » explique Salifou Ouédraogo. Cette approche permet en effet à l’Union de bénéficier d’un prêt auprès de Ecobank pour financer l’achat des engrais sur la base des besoins exprimés par les membres de l’Union. A la fin de l’opération, chaque producteur rembourse le crédit au comptant ou en nature en donnant un sac de niébé.

Acteurs et leurs rôles respectifs

Le mécanisme d’accès aux intrants réunit une diversité d’intervenants. Chaque acteur joue un rôle précis et apporte sa contribution à la réussite de l’opération. Pour faciliter l’accès aux intrants, des rencontres de sensibilisation ont été menées à l’intention des producteurs, partenaires techniques, des institutions financières, des projets et programmes. Cela a permis une mise relation de l’Union avec les autres acteurs de la filière : distributeurs d’intrants agricoles, transformateurs, commerçants. La figure ci-dessous décrit bien les relations entre les différents acteurs :

 

Capture

 

Des partenaires importants dans la conduite de l’opération

Acteurs

Rôles

UPPN/S

  • Collecte des productions
  • Mise en stocks
  • Warrantage
  • Commercialisation
  • Gestion des relations avec les fournisseurs, la banque et les autres acteurs

REGIS-AG, APEX

  • Formation des leaders des unions : mécanismes de récépissés de entrepôts, vente groupée, stockage dans les sacs PICS ;
  • Mise en place de cadre de collaboration entre producteurs et partenaires financiers ;
  • Mise en place d’un cadre d’échange commercial et d’acquisition des sacs PICS ;
  • Mise en relation avec les institutions financières pour l’octroi des crédits
  • Formation en gestion des stocks
  • Formation en gestion des centres d’agrégation

Ecobank

  • Mise à disposition des crédits à l’Union

IFDC

  • Formation sur les techniques de collecte des besoins en intrants

SISFeM

  • Conseils et appuis techniques pour la mise en œuvre du mécanisme
  • Sensibilisation et appui conseils pour l’autonomisation des femmes dans l’accès aux intrants

SONAGESS

PAM

  • Achat du niébé

AGRODIA

  • fournitures des intrants agricoles

 

 

Des résultats intéressants en peu de temps

Mis en place en 2016, le mécanisme d’accès aux intrants a permis à l’Union d’acquérir en 2017, 36 tonnes d’engrais qui ont été redistribués aux producteurs conformément à leur expression des besoins. Chaque producteur a pu bénéficier au moins d’un sac d’engrais au prix de 10 680 F CFA. De 300 personnes au départ, les bénéficiaires ont plus que doublé lors de la deuxième campagne (650 producteurs touchés par le crédit intrant). « Vous savez, ce qui est important dans cette opération, c’est de toucher des personnes démunies qui ne pouvaient pas avoir accès à ne serait-ce 5 kg d’engrais. L’Union est constituée de plus de 70% de femmes. Ces femmes ont généralement moins de facilité que les hommes qui sont les chefs d’exploitation familiale. Aujourd’hui, grâce au mécanisme, elles ont accès à l’engrais et tout le monde a pu rembourser son crédit » se satisfait Salifou Ouédraogo. Lors de la dernière campagne, l’Union a pu mobiliser 8 millions de F CFA de crédit intrants auprès de Ecobank. Les précédents crédits de l’UPPN/S ont été bien remboursés. De plus en plus crédible auprès de la banque, la confiance est au beau fixe. Ce qui ouvre la voie à de nouvelles négociations : le taux d’intérêt pourrait passer de 13 à 11% confie Placide Sanon, leur gestionnaire de compte.

Eléments de durabilité

Conscient de l’importance d’une telle opération, l’Union Provinciale des Producteurs de Niébé du Sanmatenga réfléchit à la meilleure façon de rendre durable le mécanisme d’accès aux intrants. Vous vous rappelez certainement que chaque producteur contribue à hauteur de 6000 F CFA pour accéder aux crédits intrants. Cette somme est décomposée en réalité en deux : 5000 F sous forme de garantie à la banque et 1000 F comme contribution du producteur au fonctionnement de l’opération. « Une fois que nous avons remboursé le crédit, normalement chaque producteur devrait récupérer les 5 000 F CFA qui constituent la garantie financière auprès de la banque. Mais à la fin de la première campagne, la majeure partie des producteurs ont décidé de ne pas retirer cette part » argumente Salifou Ouédraogo. Cette somme constitue ainsi de l’épargne pour l’Union et ouvre la voie à l’accès aux crédits intrants la campagne suivante. Les 1000 F CFA destinés au fonctionnement de l’opération sont en fait transmis aux unions départementales pour qu’elles puissent être en mesure de suivre la collecte des stocks et assurer le recouvrement des crédits. Les unions départementales font le tour des groupements pour expliquer et procéder au recouvrement : les remboursements en espèces sont transmis à l’Union provinciale pendant que les remboursements en nature sont gardés au niveau des magasins de stockage. La transparence dans la conduite du mécanisme est un gage de réussite. Des producteurs, à l’Union provinciale en passant par les unions départementales, chaque acteur se sent concerné avec une bonne conscience du rôle qu’il joue dans le dispositif.  

Booster le warrantage et vente groupée

En plus de doper la productivité, le mécanisme d’accès aux intrants impacte positivement le warrantage et la vente groupée du niébé au sein de l’Union provinciale.  Avec un demi sac d’engrais, un producteur peut gagner au minimum 3 sacs de niébé. Il dépose un sac au magasin de stockage dédié au mécanisme d’accès aux intrants. Ce sac pourra être utilisé pour rembourser le crédit à échéance. Le deuxième sac est déposé dans le magasin dédié au warrantage et percevoir une somme d’argent. Pour le dernier sac, il peut l’utiliser à tout moment pour la consommation personnelle ou pour régler une situation inattendue.  « Il y a une logique à concilier le mécanisme d’accès aux intrants au système de warrantage. Quand les producteurs ne produisent pas bien, il est difficile pour eux de constituer les stocks pour le warrantage. Ce qui nous permet de mieux organiser la vente groupée du niébé » confie Salifou Ouédraogo, Président de l’Union provinciale. Plus les stocks augmentent, au niveau des magasins, plus l’Union peut négocier des marchés institutionnels auprès du PAM ou de la SONAGESS.

 

 

Les perspectives

Alléger les conditions d’accès aux crédits intrants

Le Programme de Croissance  Economique dans le Secteur Agricole (PCESA), financé par la coopération danoise, a mis 2,5 milliards de F CFA à la disposition de Ecobank en vue de soutenir les filières gomme arabique, karité, maïs, bétail-viande et niébé. « Nous avons déjà attribués 1,3 milliards de F CFA au soutien des filières. La campagne à venir, nous allons insérer l’Union dans ce fonds. Le taux d’intérêt est réduit à 8%. On leur demandera juste la caution solidaire et un cash call de 20% vu qu’il s’agit d’un ancien client. Pour un crédit de 100 millions de F CFA, l’Union peut faire recours à la SOFIGIB qui couvre 70% de la garantie » explique Placide Sanon, gestionnaire du compte de l’Union à Ecobank. Ces conditions plus avantageuses permettraient à l’Union de toucher plus de producteurs et d’être plus performante.

 

Encadré sur le warrantage

Le warrantage, ou crédit stockage, est un système de crédit rural qui consiste, pour une organisation paysanne (OP) et/ou ses membres, à obtenir un prêt en mettant en garantie un produit agricole non périssable (mil, sorgho, riz, maïs, sésame, gombo, arachide, niébé, etc.) susceptible d’augmenter de valeur. Ce système de crédit collectif octroyé aux groupements, d’une durée de six à huit mois, est basé sur le principe de nantissement des stocks de produits agricoles. Cet accord de sûreté régissant le crédit entre les deux parties prenantes, stipule qu’en cas d’impayés de la part des groupements, le partenaire financier sera en droit de vendre lui-même le produit stocké en garantie afin de récupérer son dû. Cependant, la valeur du stock de produits agricoles est censée augmenter entre le dépôt et le moment du déstockage à la période de soudure, lorsque les greniers familiaux sont vides et la demande sur le marché est forte. Source : FAO, 2012

 

Zone de Texte: Encadré sur le warrantage 
Le warrantage, ou crédit stockage, est un système de crédit rural qui consiste, pour une organisation paysanne (OP) et/ou ses membres, à obtenir un prêt en mettant en garantie un produit agricole non périssable (mil, sorgho, riz, maïs, sésame, gombo, arachide, niébé, etc.) susceptible d’augmenter de valeur. Ce système de crédit collectif octroyé aux groupements, d’une durée de six à huit mois, est basé sur le principe de nantissement des stocks de produits agricoles. Cet accord de sûreté régissant le crédit entre les deux parties prenantes, stipule qu’en cas d’impayés de la part des groupements, le partenaire financier sera en droit de vendre lui-même le produit stocké en garantie afin de récupérer son dû. Cependant, la valeur du stock de produits agricoles est censée augmenter entre le dépôt et le moment du déstockage à la période de soudure, lorsque les greniers familiaux sont vides et la demande sur le marché est forte. Source : FAO, 2012

Déconcentrer l’accès aux crédits intrants Suivant la demande en intrants, l’Union provinciale envisage de responsabiliser davantage des unions départementales de production de niébé. Cela consisterait à accompagner les unions départementales à accéder aux crédits intrants sans forcément passer par l’Union provinciale. La proximité avec les producteurs aura pour effet de les rassurer davantage et faciliter une adhésion beaucoup plus grande au mécanisme. Pour faciliter le portage du mécanisme par les unions départementales, l’accent doit être mis sur les aspects de bonne gouvernance afin de profiter au mieux du capital « confiance » acquis auprès des institutions financières.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] En anglais SISFeM (Scaling-out Integrated Soil Fertility Management Technologies to Improve Smallholder Farmers Livelihood in Burkina Faso)